Tuesday, February 06, 2007

À la manière de Pierre-Léon: C'est ma tournée

Les deux filles étaient à peine installées sur le siège arrière du taxi que j'ai su que la ride serait dure.

-- J'peux-tu m'installer en avant? m'a demandé la grande blonde.

C'est pas que ça ne me tentait pas, mais c'est en avant que je tiens mes casquettes de rechange, pis c'est pas à moins 20 que j'étais pour commencer à les déménager dans la valise.

-- Pas de chance, ma belle. Faut que j'protège mes calottes.

Je suis pas certaine qu'elle ait compris, mais elle s'est assise en arrière sans trop rechigner.

L'autre fille, une brune, avait l'air complètement partie. Pour tout dire, c'est moi qui ai dû l'installer, puis l'attacher près de son amie. Elle avait les membres complètement mous, et me regardait la redresser puis m'acharner sur la courroie de sa ceinture comme si se faire trimbaler comme une poupée était parfaitement normal.

Je la sentais mal, côté pourboire.

-- On est-tu arrivées? a demandé la blonde.

-- Minute, papillon! On est même pas encore parties!

J'ai ri. Pas elles.

Je me suis vissé la casquette un pouce plus bas sur le front, puis j'ai démarré.

-- On est-tu arrivées?

-- Non.

Le silence était aussi pesant que mon pied sur l'accélérateur. La brune dodelinait de la tête. Reflétant les lumières de la ville, un filet de bave coulait sur son menton. Je l'ai pris en photo via le rétroviseur, puis je me suis dit: "Pourvu qu'elle ne soit pas malade avant de descendre."

-- On est-tu arrivées? de répéter la blonde.

-- Y'a du traffic. On en a encore pour une quinzaine de minutes.

-- On joue-tu aux devinettes?

Juste comme je me disais que j'aurais dû les laisser à leur party et aller me coucher tôt pour une fois, la brune a commencé à pleurer. Des grosses larmes, qui reflétaient la lumière rouge au coin de la rue où nous étions arrêtées. La blonde s'agitait. Elle regardait sa camarade sans compassion, semblait à bout de patience. Elle finit par me dire:

-- J'pense qu'elle veut un biberon, Maman.

J'ai fouillé en-dessous de mes casquettes. Je n'en avais pas habituellement, mais on ne sait jamais... Oui! Ma main a saisi un biberon tiède qui traînait à côté de ma collection de contraventions.

-- Tiens, donne ça à ta soeur. Pis j'veux plus vous entendre jusqu'à ce qu'on arrive à la maison.

-- On est-tu arrivées?

Rendues à Laval, Père indigne nous attendait sur le porche.

J'ai pas attendu le pourboire ni même le prix de la course. J'ai débarqué les filles, je suis repartie vers le Nord, pis j'ai couché dans mon char.

24 comments:

Delphine Bergeron said...

:-)

Sophie said...

Mouhahahah! J'adore :)

Ivellios said...

C'est vraiment comme Pierre-Léon l'aurait écrit. Chapeau Mère Indigne !!

Arielle said...

Je pense que Pierre-Léon te pardonnera. Super!

bibco said...

C'est génial! La prochaine fois, j'exige une femme taxi!

Pierre-Leon said...

C'est meilleur que l'original ! Ça te dirait d'écrire mon prochain livre? ;-)) Hum j'me demande ce que ça dirait du Mère Indigne vu par P-L... J'me tâte... ;-) A+

Valérie-Ann said...

Ouhaha! Je me suis laissée prendre! Très bon!!

Cacawet said...

C'est pas toi qui a écrit ça;)
du P.L tout craché Haha

La Tartine said...

Je lis régulièrement vos chroniques et celles de Pierre-Léon, et sur ce coup-là...chapeau ! L'histoire est bien tournée et vous m'avez bien fait rire. Encore bravo !

Patrick Dion said...

Hahaha! Génial!

johanne said...

bravo! j'ai vraiment ri...du vrai pierre leon avec une chute merveilleuse...encore une fois bravo.

Renée-Claude said...

Trop bon MI !!! :0)))

Caroline à Londres said...

Bravo! -- Quand j'ai vu sortir un biberon d'en d'sous des casquettes, je me suis inquiétée une seconde pour Pierre-Léon, je dois avouer... :D

ropib said...

J'aime beaucoup... c'est étrange. Je comprends que ce soit du off.

Faut qu'je réfléchisse à tout ça.

bigdan said...

Je crie a l'arnaque...lollll

Chouette said...

Ouff, c'est presque perturbant ! Ressemblance alarmante..

Caroline said...

Youppi! Des fans de Pierre-Léon qui ont aimé! L'honneur est sauf! ;)

janis0-0 said...

Chapeau mère indigne, c'est à s'y méprendre;-)

marjan said...

quel talent!
On s'y serait cru!! Pus j'adore le suspense...

°zabel° said...

Oh wow, la "transition" est tout à fait... géniale !!!!!! Y a eu comme un drôle de tilt dans ma tête quand le biberon est apparu... mdr ! Bravo ! :D

clerpée said...

huhu ! chouette principe ! ça marche très bien !

Romie said...

Après un truc aussi hilarant et aussi foutument bien écrit, je me demande si Pierre Léon va te renvoyer la balle en écrivant à son tour un "À la manière d'une mère indigne"...ma foi serait-ce un défi ?

Romie
Le clavier ambulant

AndrosMeister said...

M. I.

Vous venez de nous faire faire une très belle ballade littéraire.

Merci ! Merci aussi au plagié !

G. C. J.

Annalise said...

You write very well.