Wednesday, September 24, 2008

Bébé: la quintessence

Allez, une fois n'est pas coutune: une photo. Semble-t-il que parfois, ça vaut mille mots, alors...

Oui, oui. C'est vraiment eux, là. Fille Aînée, Père indigne et... Bébé.

Bébé, complètement dégoûtée.

Le hic, c'est qu'on n'a jamais su par quoi exactement. Probablement le spleen de cette vie terne et sans goût dans laquelle elle erre comme une éternelle étrangère.

Je sais pas pour vous, mais moi, ça me donne le fou rire chaque fois.




Sunday, September 14, 2008

De mal en pis pour Fille Aînée

Je sais, je sais.

Ce n'est pas qu'elle manque d'imagination.

C'est la faute aux devoirs stupides, à Sébastian, à la société. En fait, Fille Aînée est un modèle d'adaptation à des conditions de vie hostiles. C'est pas compliqué, s'il avait pu, Charles Darwin l'aurait mise en couverture de son bouquin, là, celui qui dit que l'homme descend du singe et que le gin tonic descend de l'eau pure des rivières nordiques.

Mais, parfois, je me demande tout de même s'il n'y a pas des limites à l'adaptation.

Mère indigne, arrivant toute pimpante à l'école, très tôt pour passer du temps de qualité avec ses enfants -- Salut Chérie! C'est moi! Je viens te chercher tôt aujourd'hui, n'est-ce pas merveilleux?

Fille Aînée, la panique dans le regard -- Tu... euh... tu pourrais pas aller chercher Bébé et revenir me prendre après?

Mère indigne -- Mais Bébé est avec moi, tiens, regarde, elle est en train de foutre le bordel dans les registres du service de garde.

Bébé, tentant de subtiliser des cartables pleins d'infos confidentielles -- Moi z'a le DROIT!

Fille Aînée, la lèvre tremblotante -- C'est parce que... mes amis viennent juste de sortir dehors... et j'ai pas eu le temps de...

Mère indigne, légèrement agacée -- Écoute, mon amour, Maman est venue te chercher très tôt pour qu'on puisse passer du temps de qualité ensemble. Alors ramasse tes affaires et en route. Avant que l'école refuse le droit d'entrée à ta soeur.

Bébé, tentant de subtiliser la jupe de Madame Karine, responsable de l'accueil -- Moi z'a BEZOIN!

C'est alors que Fille Aînée fond en larmes. Et pas seulement des larmes, la pauvre. Les gros sanglots qui viennent avec. Le désespoir, la tragédie. Le gros bobo intérieur.

Dans ma tête se met en branle le cirque millénaire des inquiétudes maternelles. "Ça y est. Elle a un amoureux. Elle qui n'a presque pas parlé des garçons l'an dernier, ça recommence. Il l'attend dans la cour de récré, là, là. Petit imbécile pré-pubère. Qu'est-ce qu'il a que je n'ai pas?"

Mère indigne -- Mais mon pauvre petit amour! Qu'est-ce qui se passe? Ne pleure pas comme ça, mon coeur, voyons!

Fille Aînée -- Bou-hou-HOUUUUUU!

Mère indigne -- Tu avais une activité, euh... spéciale... de prévue dans la cour de récré?

Fille Aînée -- Bou-hou-houuuuiiiiiii!

Je le savais. Dieu seul sait où ils en sont rendus avec la tag-bisou cette année.

Mère indigne -- Mais qu'est-ce qui est si important, ma belle fleur?

Fille Aînée -- Je voulais... je voulais... CRÉER UN COMITÉÉÉ! Bou-hou-houuuu!

Mère indigne -- Un comité.

Fille Aînée -- Snifffoui. Avec Julie-Aude.

Mère indigne -- Un comité de quoi?

Fille Aînée -- (Renifle.) On sait pas encore.

Mère indigne -- Bon. Je te laisse deux minutes. Tu vas dans la cour de récré dire à Julie-Aude que tu lui délègues la création officielle du comité ainsi que la distribution des tâches et le mandat de te faire élire présidente. Demain matin, dans le rang, elle te débriefe, et pour être sûre que tout est sous contrôle, tu demandes un rapport écrit de la réunion de la veille à faire circuler aux membres du comité pour approbation. Ensuite, tu continues de demander des rapports écrits aux deux semaines -- je vais t'acheter un tampon "Lu et approuvé". Et essayez de vous trouver un but précis en tant que comité, mais ce n'est pas absolument nécessaire.

Fille Aînée, se dirigeant vers ses copains en courant -- OK!

Tant qu'à s'adapter, aussi bien connaître tous les trucs.

Monday, September 08, 2008

Devoir de réserve

Fille Aînée -- Maman, qu'est-ce qu'ils veulent que je fasse pour ce devoir-là? Ils disent: "Voici l'histoire de Sébastian. Elle est incomplète. Ajoute au moins deux détails supplémentaires." J'comprends pas.

Moi -- Mais voyons, il faut que tu donnes deux informations de plus pour compléter l'histoire de Sébastian.

Fille Aînée -- Ben, c'est son histoire! C'est pas la mienne! Je ne connais pas Sébastian, moi, comment ils veulent que je donne des détails?

Moi -- Il faut que tu inventes, pardi! Laisse-toi porter par ta folie intérieure! Fais courir tes pensées dans les prés verts et tendres de l'imagination!

Fille Aînée -- Ah ouais, d'accord.

Plus tard...

Fille Aînée -- Ça va, comme ça?

L'histoire dans le livre commençait par: "Je m'appelle Sébastian. J'ai neuf ans et je mesure 1m30. J'habite au Chili."

Détails ajoutés par Fille Aînée: 1. "J'ai les yeux bruns." 2. "J'ai les cheveux bruns."

En voilà une qui ne me fera pas de concurrence.

Saturday, September 06, 2008

Listes d'attentes

(Oui, oui, je sais, tant de billets en si peu de jours, vous en avez le tournis. Mais ces temps-ci, je ressens comme une frénésie d'écriture du type "moi l'a bezoin", et je n'ai jamais trop été du genre "self-contrôle". Dire que bientôt, je vais devoir faire de la rétention de blogue en vue de pouvoir mettre des inédits dans le tome II. Ça va être dur. Alors en attendant, prenez votre médicament favori contre le mal de mer et lisez!)

***

Telle Rate-des-Champs en visite chez sa copine glamour, Mère indigne sirote un Cosmo dans un bar du centre-ville avec son amie de toujours, Emmanuelle l’Antivierge. (Afin de respecter la pudibonderie et le puritanisme de bon goût qui animent ce blogue en permanence, nous appellerons cette dernière Emmanuelle tout court.)

Mère indigne, pressée d’en arriver au fait – Et sinon, les amours, ça va?

Emmanuelle – Ben, depuis que Pluton est parti

Mère indigne – Ah, oui, Pluton! Ton cinquième amant, si je ne m’abuse? Celui qui a lâchement abandonné votre relation non officielle et chaotique parce que, le traître, il a trouvé ailleurs le véritable amour?

Emmanuelle, manifestement toujours agacée – Hmffoui. Lui. Enfin, bref, depuis qu’il est parti, j’essaie de gérer la diversité comme je peux.

Mère indigne – Attends, attends, je ne comprends pas. T’as moins d’amants. En quoi est-ce que c’est plus difficile à gérer?

Emmanuelle – Eh bien, tu comprends, avec cinq amants, c’était parfait. Un par semaine, donc pas tout à fait une fois par mois chacun. Ça gardait une distance convenable, ça évitait un engagement trop lourd. Mais maintenant, avec quatre…

Mère indigne – … C’est chacun une fois par mois.

Emmanuelle – Voilà. Et "une fois par mois", ça fait moins occasionnel. Ça sonne plus… régulier, tu vois. Ça leur donne des idées romantiques, des ambitions.

Mère indigne – L’espoir horripilant d’une relation normale.

Emmanuelle, hochant la tête – C’est dur.

Mère indigne – Je vois… Euh, je dis ça comme ça, sans être experte en maths ni rien, mais… tu pourrais t’abstenir une semaine? Comme ça, abracadabra! Psychologiquement, ils en sont au même point qu’avant. Moins de stabilité, moins d’ambitions, moins de ce romantisme poisseux qui rendrait n’importe qui complètement dingue.

Emmanuelle – C’est très facile d’être sarcastique quand on ne vit pas soi-même ce genre de casse-tête. Et pour ta gouverne, oui, arrêter une semaine, j’y ai songé. Mais ça va être difficile. Mon work-out du jeudi soir…

Mère indigne – Quel drame. Mais l’autre solution, ce serait le remplacement. Pas d’autres météores à l’horizon?

Emmanuelle – Ben, c’est à dire que…

Mère indigne – Ah, ah…

Emmanuelle – Il y aurait bien un intéressé, mais le problème, c’est moi. Je ne suis pas certaine de l’être.

Mère indigne – Mon Dieu, qu’est-ce qu’il a? C’est un cul-de-jatte à deux têtes qui a mauvaise haleine? T’es pas si regardante, d’habitude.

Emmanuelle, levant les yeux au ciel – Nooon. C’est un ami, il est marié…

Mère indigne – Et…?

Emmanuelle – Et, et! Je ne sais pas, moi, je vieillis! Je commence à avoir des principes.

Mère indigne, avalant sa dernière gorgée de Cosmo – C’est drôle, moi, plus je vieillis et moins j’en ai.

Emmanuelle – En tout cas, pour le moment, ça ne m’intéresse pas vraiment. Mais je ne sais pas comment lui dire.

Mère indigne – T’es trop habituée à dire oui à tout. Une vraie Mère Térésa de la séduction. Quand on a des enfants, ça aide au moins pour ça. On apprend à dire non rapidement.

Emmanuelle – Et efficacement?

Mère indigne – Euh… hum. Oui, bien sûr. Quoi qu’il en soit, si tu veux, j’ai une réplique taillée sur mesure pour cette situation.

Emmanuelle – Tu me fais peur.

Mère indigne – Non, non, écoute, elle est excellente. "Je suis désolée, Rodrigue, mais comme il y a plusieurs intéressés, tu vas devoir t’inscrire sur ma liste d’attente. Et j’ai bien peur que ce soit comme dans les garderies : le temps que ton tour arrive, tu vas être trop vieux pour ce que je vais avoir à te proposer."

Emmanuelle – …

Mère indigne – Pis? C’est bon, hein?

Emmanuelle – C’est sûr que faire une métaphore de garderie à un fringuant soupirant, ça risque déjà de le refroidir.

Mère indigne – Voiiiilà. Y’a rien comme les conseils d’une maman pour nous guider dans la vie. Et parlant de ça, guide donc ta main vers ton portefeuille : tu me dois un drink.

Friday, September 05, 2008

Fille Aînée, ou le côté obscur de la candeur

(Une pas-fiction pas-cathartique.)

***

Ça se passe dans la voiture, au retour d'une sortie de famille. Mère indigne est au volant et Père indigne s'efforce de subvenir aux besoins de la progéniture, ce qui implique parfois de répondre aux questions existentielles qui pourraient surgir -- et qui, oh! surgissent!

Fille Aînée, très Doris Day -- Je me demande de quoi j'aurai l'air en sixième année.

(Dans deux ans. Aussi bien dire dans deux siècles.)

Père indigne, prenant son rôle de guide spirituel très au sérieux -- Dans deux ans, je suis certain que tu seras encore plus belle, plus intelligente, et meilleure musicienne que maintenant.

Fille Aînée, dubitative -- Qu'est-ce qui te fait dire que je serais plus belle?

Père indigne -- Je le sais, c'est tout.

Mère indigne, montrant pourquoi il ne faut pas répondre à des questions existentielles quand on est au volant, où peut-être quand on est Mère indigne tout court -- Ben, minute. Imagine qu'on se fasse défigurer dans un accident de voiture. Fille Aînée ne sera pas plus belle, ni en sixième année, ni après.

(Ah, là là, les amis! Le visage de Père indigne quand j'ai dit ça. Impayable. "Elle est folle. Et c'est ma femme. La mère de mes enfants. Nous sommes maudits jusqu'à la quinzième génération." Juste pour ça, ça en valait la peine. )

Fille Aînée -- Hein??

Père indigne, se tournant vers la folle qu'il a eu le malheur d'épouser -- Franchement, quelle idée de dire ça? C'est vraiment pas très respon-

Fille Aînée -- Non, je voulais dire "Hein, papa?" C'est vrai ce que maman a dit!

Mère indigne, qui fait de plus en plus de trucs dangereux au volant -- Tope-là chérie!

Clap!

Fille Aînée, sur sa lancée -- En plus, si je me fais arracher le bras dans l'accident, je ne serai pas meilleure musicienne.

Mère indigne -- That's ze spirit! (Clap!)

Père indigne, excédé -- Et puis si tu te fais lobotomiser, tu ne seras pas plus intelligente, c'est ça?

Fille Aînée et Mère indigne -- C'est ça! T'as tout compris! (Clap!)

Bébé -- B'avo Papaaaaa!

Les filles -- Ahahahahahahah! (Clap! Clap!)

Bref, on s'est rendus à la maison sans se faire défigurer ni démembrer, et en ayant encore renforcé cette belle complicité mère-fille qu'il sera d'autant plus amusant de démolir à l'adolescence.

Quant à Père indigne, il s'est remis du camouflet infligé par le G.O. (gang des oestrogènes). Et vous, bande de baroudeurs au grand coeur, vous voilà aussi rassurés quant aux longues années remplies d'humour noir qui attendent cette soi-disant ingénue de Fille Aînée.

À moins, bien sûr, que la planète pète dans six mois. Mais moi, j'dis ça, j'dis rien.

Saturday, August 30, 2008

Le sadisme, la brutalité et autres passe-temps familiaux

Une (demi-)fiction cathartique.

***

Le grand problème de Fille Aînée, c'est qu'elle n'arrive pas à s'adapter à notre époque.

Elle est contre la barbarie, vous vous imaginez? Et ça peut vraiment devenir emmerdant.

Exemple: Je veux que Bébé termine son assiette de crevettes. Que faire? Moi, j'en prends une entre mes doigts, je la fais frétiller gaillardement, je prends une voix de crevette et je dis: "Non, non Madame, ne me mangez paaaaas! J'ai une femme et des enfants! Pitié, je vous en prie, piti-" et gloups! Je l'avale. Bébé, qui est une créature bien en harmonie avec notre ère dégénérée, rigole et avale le reste de ses crevettes en étouffant leurs cris de protestation par des "z'a besoin! z'a le D'OIT!" bien sentis.

En fait, Bébé aimerait bien que nous allions pêcher nous-mêmes nos crevettes. Au bazooka. En nous curant les dents avec un sabre japonais. Et en souillant la faune et la flore marines de nos râclures de gorge bilieuses et de nos pipis corrosifs. Pour vous dire toute la vérité, la réputation de Bébé est telle qu'il y a McCain qui a appelé à la maison pour savoir si elle voulait être son V.P. Mais quand Bébé a appris que les États-Unis étaient encore une stupide démocratie et non une tyrannie pleine de potentiel, elle a refusé.

Bref, avec Bébé, cuire les crevettes n'est qu'un prélude à leur torture psychologique. De l'amusement normal et hygiénique, quoi.

Mais, allez savoir pourquoi, Fille Aînée regimbe. Fille Aînée, elle, aimerait mettre au point une potion magique de vie pour faire ressusciter les crevettes grillées -- z'imaginez les maux de ventre.

Mère indigne tendant une crevette artificiellement frétillante à Bébé -- 'Oh, non, Madame, je vous en prie! Ne me mangez pas!'

Bébé -- Ha, ha! (Gloups!)

Fille Aînée -- Maman.

Mère indigne -- 'Songez à mes enfants, qui deviendront orphelins et n'auront plus personne à blâmer pour leurs malheurs!'

Bébé -- Hi, hi! (Croque!)

Fille Aînée -- Maman...

Mère indigne -- 'Songez que je n'ai pas encore fait mon pèlerinage à la faille de San Andreas, moi qui l'avais promis à ma pauvre mère avant que le gros requin la rattrape!'

Bébé -- Ho, ho! (Crounche!)

Fille Aînée -- Maman!!

Mère indigne -- 'Songez en outre que je viens de me refaire faire la poitrine à prix d'or et que mon mari n'a même pas encore pu en profiter! Pauvre crevette que je suis, mon sort est bien douloureux!'

Bébé -- Qu'est-ce qu'on se marre ici, saperlotte de cornegidouille! (Slurp!)

Fille Aînée -- Maman, arrête! Tu sais que je déteste quand tu fais ce genre de blagues.

Mère indigne -- Écoute, chérie, ce n'est pas que je n'en suis pas consciente. Mais il faudra que tu t'adaptes à une dure réalité: l'estomac de ta soeur est plus important que ta belle sensibilité. Pas mal plus, je dirais.

Fille Aînée, insultée, dit ce qu'il ne fallait pas dire -- Moi, en tout cas, je ne ferai jamais ça à mes enfants. C'est vraiment, euh, pas bien.

Le regard de Mère indigne se transforme alors sous vos yeux effarés mais éblouis: il devient froid. Sévère. Impénétrable. Reptilien.

Pas content.

Ça va mal se passer, mes tout-petits. Vous le sentez. Vous avez raison.

(En même temps, c'est ici que la fiction cathartique commence. Autrement dit, je me défoule en vous racontant du pas vrai. Z'a besoin, z'a le d'oit.)

Mère indigne -- Laisse-moi te raconter une merveilleuse histoire, chérie. L'histoire de ta conception. Comme tu le sais peut-être (je ne sais pas où vous en êtes avec ce récit dans la cour d'école, mais je prends pour acquis que, hein), tu es composée à moitié de l'ovule de maman, qui ressemblait à un grand soleil magnifique, et du spermatozoïde de papa, qui avait une gueule de petit têtard hargneux.

Fille Aînée -- Un têtard, hin hin...

Bébé, introspective -- On peut le...?

Mère indigne -- Non. Mais oui, un têtard. Hargneux. Et ta moitié têtard a dû se dépêcher, aller très très vite pour rejoindre ta moitié soleil. Parce que tu n'étais pas toute seule, mon amour. Ôôôôô que non. Vous étiez plus de deux cent cinquante millions à faire le sprint de l'amour. Deux cent cinquante millions. Plus de 62 millions de fois la population de notre maison. C'était la course, chérie. À fond la caisse.

Fille Aînée, impressionnée -- Et c'est moi qui ai gagné?

Mère indigne -- Oui, tu as gagné la course. Mais tu dois savoir que cette course, c'était aussi une course contre la MORT.

Fille Aînée -- (Cligne, cligne.)

Mère indigne -- Parce que tu sais ce qui est arrivé quand tu as touché le soleil en premier? Quand tu as crié "Hourra! J'ai gagné! Z'êtes nuls, les mecs!"? Tu sais ce qui s'est passé?

Fille Aînée -- N... non?

Mère indigne -- Les autres, ils sont tous morts. Tu comprends? Morts. Morts.

Bébé, réjouie -- Hou, hou!

Fille Aînée écarquille les yeux. On peut y lire l'incertitude ("ma mère est quand même susceptible d'exagérer...") mais aussi l'horreur ("...quoique peut-être pas").

Mère indigne -- Au cas où tu entendrais cette expression, le "péché originel", ben c'est ça. Tu avais du sang sur les mains alors que tu n'avais même pas encore de mains. Et même pas encore de sang, en fait.

Silence.

Mère indigne -- Alors j'aimerais vraiment que tu te souviennes, ma chérie, que quand ta mère bouffe une crevette, elle n'en tue pas 250 millions en même temps, elle.

Fille Aînée baisse la tête, repousse son assiette et descend dans sa chambre. Du sous-sol, on entend vaguement Queen chanter "Love Kills".

Père indigne -- C'était vache. Et c'était même pas une bonne analogie.

Mère indigne laisse poindre un rictus satisfait.

Fille Aînée, au loin -- Un jour, je la mettrai au point, cette potion magique! Et toutes les crevettes que vous avez mangées reviendront vous hanter!

Mère indigne, sans pitié -- Tu pourras PAS! Pour ta potion, ça va te prendre des yeux de grenouilles et des ailes de chauve-souris, et t'oseras PAS leur faire du mal! Na-na-nèreuh!

***

Plus tard, cette nuit-là, j'ai rêvé que 250 millions de crevettes me menaçaient avec leurs bazookas, en souillant mon lit de leurs crachats bilieux et de leurs pipis corrosifs. En me réveillant, j'ai dû me précipiter à la salle de bain.

Grosse indigestion.

Mais ça n'était sûrement qu'une coïncidence.

Wednesday, August 27, 2008

Un amour interminable

Comme vous le savez tous (oui, tous!), je termine depuis maintenant plusieurs années un doctorat en philosophie. Et ça serait bien que je le finisse pour de bon très bientôt, parce que la philosophie, comme je m'en rends parfois compte, ce n’est pas très bon pour le couple.

C’est vrai, quoi. Parfois, moi, je discute d’un point de vue com-plè-te-ment détaché des contingences de la vie. Je suis dans le méta-discours, mes loulous. Ça, c’est le discours au sujet du discours, loin, très loin, que dis-je, à une distance intergalactique du plancher des vaches.

J’hypothèse. Je théorise. J’épistémologise. Et soudainement, alors que je m'y attends le moins, on se met à me prendre au sérieux.

C’est pas juste.

Mère indigne – L’autre jour, je suis tombée sur un site Web qui croyait que la nanotechnologie permettrait un jour à l’homme de devenir quasi immortel.

Frère indigne, venu souper à la maison avec Belle-Soeur indigne – De quelle manière?

Mère indigne – Bon, j’ai pas tout compris, mais certaines personnes pensent qu'avec la nano, on pourrait vivre au moins trois cents ans. Tu t’imagines, vivre 300 ans?

Le regard de Mère indigne, rêveur, croise soudain celui de son tendre époux. «Tu t’imagines, chéri? Trois cents ans. Je ne pense pas que l’humanité pourrait continuer à fonctionner avec son schème idéalisant de couple-heureux-vivant-ensemble-pour- toujours.»

Père indigne – Qu’est-ce que tu veux dire?

Mère indigne – C'est évident. À la limite, c’est faisable de passer, disons, cinquante ans avec la même personne. Mais cent? Cent cinquante? Deux cent cinquante?? Les manies de l’être aimé doivent commencer à vous tomber sérieusement sur les nerfs. «Georges, voilà deux-cent-huit ans que je vous regarde vous gratter l’entrejambe tous les matins que Dieu a créés. J’en ai marre. Élargissons nos horizons. Vous m’avez eue toute à vous pendant plus de deux cents années, je me barre pour les quarante prochaines.»

(Notez comme Mère indigne théorise. Aucune référence à son vécu personnel. Que de l’hypothèse, de la supputation, de la conjecture ridicule sans véritable fondement. Une vraie pro.)

Père indigne – Moi, je pourrais t’aimer pendant trois cents ans.

(Notez maintenant comme Père indigne personnalise le débat. «Moi», «je», «t’aimer». C’est un incurable romantique, PI, et Mère indigne, elle, est trop prise par la dimension intellectuelle fascinante du débat pour remarquer qu’elle enfile gaffe sur gaffe.)

Mère indigne – Moui, enfin, si Georges est un bon compagnon de route, je peux comprendre qu'on reste avec lui. Pourquoi tout changer à 175 ans pour se rendre compte de toute manière que tous les hommes sont des gratteurs d'entrejambe compulsifs? Par contre, vivre deux cent-cinquante ans avec la même personne, j’aime autant te dire que la monogamie, c’est foutu.

Père indigne se tait.

Mère indigne – Non, sérieusement. C'est mort.

Belle-Sœur indigne ferme à demi les yeux, comme quelqu’un qui voit de très près un 45 tonnes se diriger tout droit vers la grande muraille de Chine avec plus de freins.

Mère indigne – Déjà que… T’as vu les études? C’est à peine si certaines personnes peuvent attendre cinq ans avant de se gratter l’entrejambe devant une nouvelle conquête. Cinq ans, voyons, qu’est-ce que je dis là, moi? Cinq jours.

Belle-Sœur indigne – Ils ont fait un épisode sur ce sujet-là dans une série télé américaine. Curb your enthusiasm. Le mari et la femme renouvelaient leurs vœux de mariage, et dans le discours de la femme, elle parlait d’amour éternel, blablabla. Le mec s’énervait en disant qu’il n’avait pas signé pour ça.

Mère indigne, à son mari chéri – Ben tu vois? Je ne suis pas la seule à avoir des inquiétudes du genre! L’éternité, en plus, t’imagines.

Père indigne, véritable diable's advocate qu’on peut presque soupçonner d’encourager Mère indigne dans sa spirale infernale de raisonnement fâcheux, vu le petit sourire qu'il a aux lèvres – Moi, si on vivait éternellement, je continuerais à t'aimer quand même. Et même après ma mort, si le Paradis existait, je t’aimerais toujours.

Frère et Belle-Sœur indigne parient discrètement sur l’issue de la lutte. Uxoricide ou maricide? Mère indigne ne part pas favorite, et ça n’est pas près de s’arranger.

Mère indigne – Le Paradis? Woah, minute! Le Paradis? Mais… mais… le mariage est un contrat qui unit deux personnes vivantes, là. Si le Paradis existe, j’exige la table rase, moi! Non, mais quoi encore? Même rongés par les vers, on va aussi continuer à se taper l’hypothèque?

Frère indigne manifeste son accord en se grattant discrètement la zone du kiki.

Père indigne, refermant le piège avec un talent et une ruse exemplaire – Dis donc, juste pour savoir, ça te prendrait combien de temps, à toi, pour vouloir changer de mari?

Mère indigne, comprenant subitement que son discours épistémologique sans fondement dans la vraie réalité avait été perçu comme une déclaration d’intention sur des projets personnels – À moi? Pour vouloir changer de…? Mais, voyons! Il n’est pas DU TOUT question de nous deux, ici! Je… je théorisais! J’hypothésais! Je méta-discourais, cibole! Tu sais bien que je t’aimerai éternellement. C’est sûr. Pas de trouble. C’est comme si c’était fait.

Silence dans la salle.

Belle-Sœur indigne – Bien essayé, mais trop tard.

***

Quelques jours plus tard, Mère indigne ayant réussi par des manœuvres connues d’elle seule à se raccommoder avec un Père indigne (qui faisait semblant d’être) ébranlé, il fallut aller au dépanneur afin de renouveler le stock de lait. Autre preuve de sa bonne volonté, Mère indigne se sacrifia.

À la caisse, une vieille dame discutait avec le commis.

Vieille dame – Moi, monsieur, je ne me suis jamais mariée. Jamais! C’est la meilleure décision que j’ai prise de toute ma vie.

Mère indigne, curieuse – Avez-vous aussi réussi à éviter les enfants?

Vieille dame – Non… J’ai deux jumelles. Mais le père est mort. Il est bien, il est avec Dieu, et bon débarras. La maudite paix.

Mère indigne – Ce n'est pas pour vous inquiéter inutilement, madame, mais si le Paradis existe, votre Roger, là, il est probablement en train de vous attendre en se la grattant.

Monday, August 18, 2008

Faites ce que je dis, pas ce que je fée

Sœur Indigne – Je t’annonce officiellement que Fille Aînée est une pré-adolescente.

Mère indigne – Quoi? Je te la fais garder deux jours et tu me la pervertis moralement?

Sœur Indigne – En fait, c’est elle qui m’a posé la question. « Tante Indigne, à quel âge est-ce qu’on devient une pré-adolescente? »

Mère indigne – Et tu lui as répondu…?

Sœur Indigne – « Ton âge. »

Mère indigne – Génial. Merci.

Sœur Indigne – C’est tout naturel.

Mère indigne – Non, sérieusement, je suis bien prête à croire que Bébé est dans sa pré-adolesc—

Bébé – NOOOOON!!! Moi lé PAS dans la p’éadolesse, BON! Moi z’a le DROIT! Moi z'a BESOIIIIN!

Mère indigne – Enfin, tu vois ce que je veux dire. Mais Fille Aînée?

Sœur Indigne – T'aurais dû voir ça. C’était super mignon. Quand je lui ai annoncé la bonne nouvelle, elle s’est plantée devant le miroir et a déclaré d’un air extrêmement satisfait : "Aujourd’hui, je suis devenue une pré-adolescente."

Mère indigne – Le pouvoir des mots. Qu’est-ce qu’elle a fait, ensuite? Elle est allée se faire tatouer le nom de son moniteur de camp de jour sur la fesse gauche?

Sœur Indigne – En fait, elle a continué à jouer aux petits bonhommes de princesse avec sa cousine.

Mère indigne – Voyez-vous ça. En plus, ça se déclare pré-ado, mais ça croit encore au Père Noël.

Sœur Indigne – Et à la Fée des dents, non?

Mère indigne – Sans parler du Lapin de Pâques. Je t’ai déjà parlé de ma grande crainte? J’ai peur que le moment où elle va frencher un gars pour la première fois chevauche sa période "je crois encore au Père Noël". Et pas nécessairement parce qu’elle va être précoce sur les frenchs.

Sœur Indigne – Moi, ta fille, je pense qu’un gars qui va vouloir la frencher, ça va être super facile.

Mère indigne – Arrête! Comment ça??

Sœur Indigne – Il va seulement avoir à lui demander "Savais-tu que le Génie de la Langue apparaît si on les frotte ensemble?"

Mère indigne – …

Sœur Indigne – (Cligne, cligne.)

Mère indigne – En tout cas, j’en connais une que la Fée Tais-Toi-Bordel s’est pas penchée sur son berceau quand elle était bébé.

Sœur Indigne – Gnac, gnac.

Thursday, August 14, 2008

C'est lui, son idole

Mère indigne, Fille Aînée et Bébé sont installées devant les Olympiques. Enfin, devant la télévision d'État, qui parle des Olympiques. Déjà, par son regard plein d’espoir tourné vers la lampe suspendue accessible par la table de la salle à manger, on peut voir que Bébé subit la mauvaise influence des gymnastes.

Mais ce n’est rien, comparé à ce qui nous attend.

La disgrâce.

L’horreur.

Le mal absolu.

Le mal absolu, j'ai nommé le reportage d'intérêt humain.

Dans ce cas précis, le reporter (Jean-René Dufort, pour pas l'nommer), dans une quête inconditionnelle de la vérité globalisante, a pensé profiter de son séjour en Chine pour tester la gastronomie locale. Et il a décidé d'expérimenter, directement sous nos yeux subjugués et éblouis, un mets de choix.

Fille Aînée – Maman. C’est pas vrai. T’as vu??

Mère indigne – J'ai bien peur que oui.

Bébé – ...

Fille Aînée – Est-ce que le monsieur, il va vraiment goûter au…

Mère indigne – J'ai bien peur que oui.

Bébé – ...

Reporter, à la tévé – C’est ça, c'est cette patente, là? Ça vient du serpent? Oui? Alors voilà, j’y goûte…

Mère indigne et Fille Aînée – Ouache.

Bébé – ...

Reporter, toujours à la tévé car pas question de l'inviter chez nous -- Mmmm, celui du chien est un peu gluant…

Mère indigne et Fille Aînée – Ah, ouache!

Bébé – ...

Reporter, qu’on va bientôt lui couper le sifflet sans lui donner l'avis de 30 jours –
Hé bien voilà, en direct de Beijing, veni, vidi, man-

Bébé – Manzé. Holy Virgin Mary Mother of God, on peut le manzer.

Mère indigne – Merde.

C'est bien, les reportages d'intérêt humain. Dans ce cas précis, on a réussi à contrer mon influence maléfique de mère pudibonde en montrant à Bébé qu’on pouvait, après tout, goûter à des zizis-pénis. Une pièce d'information que, dans notre monde évolué, il fait bon posséder à tout âge et se remémorer en toutes circonstances, afin d'être prête (et prêt) à faire face au premier rendez-vous dans une vieille Tercel, au rite d'initiation universitaire ou à la promotion-canapé.

Mais je vous préviens, ô monde du reportage d'intérêt humain. Au moindre problème médical ou psychologique dont je préfère taire les détails sordides, je vous envoie la facture.

Oldies goldies

La communauté en ligne Ladies Room m'a gentiment demandé la permission de piger dans mes archives pour leur journée "Histoires de famille". Dans leur grande sagesse, les éditrices ont choisi un des textes que j'ai eu le plus de plaisir à rédiger: Mère indigne fait sa bougonne

Merci à Ladies Room pour leur invitation, et à tous les nostalgiques, bonne relecture!

Tuesday, August 12, 2008

L'homard en héritage

Les filles, faut que je vous dise. C’est encore arrivé.

Vous vous souvenez d’Ex Indigne? Le gars qui ne m’a pas adressé la parole (et vice-versa, d’accord) pendant douze ans, sous prétexte qu’on avait rompu de manière un peu brutale? Et avec qui je me suis finalement réconciliée, parce que je suis comme ça, moi, bonne pâte, magnanime, parfaite?

Bon, ben l’autre soir, j’ai encore été au resto avec lui. Comprenez-le, le pauvre homme : il vient tout juste de divorcer, ça n’a pas été facile, et il voulait marquer l’occasion avec une bonne amie, tout simplement.

Touuuut simplement.

(Sans blague, j’adore raconter cette histoire. Non, mais, vous vous rendez compte? Tout le monde à qui j’en parle prête de mauvaises intentions à Ex Indigne. À lui! Pas à moi! Et ça, je vous prie de me croire, c’est rarissime.

Évidemment, je profite de ma position de victime pour en rajouter.)

Mère indigne – Tu sais, quand on était ensemble, il y a quinze ans, tu m’impressionnais tellement que ça me poussait à faire plein de conneries pour que tu m’apprécies.

Ex Indigne, bonne pâte, magnanime, parfait – Tu sais bien que tu n’avais pas à faire ça.

Mère indigne – Mais j’étais tellement jeune! Et il y avait une certaine différence d’âge entre nous, il faut bien l’admettre. Pour ne pas dire une différence d’âge certaine. Je ne voulais pas me l’avouer à moi-même, mais ça m’affectait.

Ex Indigne, un peu déçu tout de même – Je n’ai pas l’impression que ça t’affecte encore.

Mère indigne – Tu te trompes. J’ai l’impression que tu es mieux installé que moi dans la vie. Tu vois, tu peux te permettre de m’inviter dans un resto chic, et ça… ça m’intimide. Terriblement. Et c’est d’ailleurs parce que je suis toujours très intimidée et qu’inconsciemment, je te hais, que je vais commander l’entrée de foie gras poêlé à 55 dollars.

Ex Indigne – C’est effectivement ce que j’appellerais de l’intimidation.

Mère indigne – Tu rigoles…

Ex Indigne, grommelant
– Non.

Mère indigne – … mais tu ne devrais pas. C’est important, ce que je te dis là. Parce que je constate que je transmets sans le vouloir mes insécurités à mes enfants. Prends Fille Aînée. Elle est pareille comme moi, une vraie catastrophe! Toujours à vouloir faire plaisir, même s’il faut qu’elle se livre à toutes les bassesses pour y parvenir. En tant que mère qui ne veut pas que sa progéniture commette les mêmes erreurs qu’elle, ça m’inquiète. Et c’est pour ça que, l’autre jour, je lui ai parlé de toi. Je lui ai raconté la fois du homard.

Ex Indigne – La fois du homard?

Mère indigne – Oh, c’est vrai. Tu ne sais pas. Mon Dieu, ce qui est arrivé ce jour-là… c’était horrible. Je crois bien que c’est à ce moment précis dans notre relation que j’ai atteint le fond de la cage à crustacés.

Ex Indigne, l’air incrédule – Un homard?

Mère indigne – Mais oui, tu ne te souviens pas? On avait décidé d’aller au restaurant, et tu m’as demandé si j’avais déjà mangé du homard. Moi, je pensais que tu voulais dire du homard au restaurant. Alors j’ai dit non. Mais toi, tu as pensé que je n’avais jamais mangé de homard de ma vie. Tu étais tellement fier de me faire goûter à cette bestiole pour la première fois… Et moi, je voulais tellement bien faire… Je suis désolée de te dire ça comme ça, mais j’ai dû faire semblant du début à la fin.

Ex Indigne, estomaqué – Mais c’était absolument inutile!

Mère indigne – Je… j’avais besoin de ton approbation… La différence d’âge considérable que nous avions alors… et que nous avons toujours, je te signale…

Ex Indigne – Oui, bon, ça va…

Mère indigne – Enfin bref, j’ai menti. J’ai fait semblant d’utiliser des pinces à homard pour la première fois de ma vie, de ne pas savoir comment les tenir, d’hésiter avant de prendre la première bouchée. Et arrivée là, j’ai levé les yeux au ciel en signe d’extase, j’ai fait des «oooh» et des «aaaah» d’une voix rauque de plaisir, en espérant que j’aurais l’air suffisamment convaincue. Tu te rends compte! J’ai feint l’orgasme gustatif. Et toi, tu trouvais ça follement émouvant.

Ex Indigne – Dis donc, cette fois-là, justement, tu ne m’avais pas foutu plein de jus de citron dans l’œil? Il me semble que j’avais dû aller aux toilettes pendant une quinzaine de minutes, le temps de retrouver la vue.

Mère indigne – Je pense que je n’avais pas fait exprès - j’en suis presque certaine -, mais au moins, ça m’avait permis de finir mon homard tranquille.

Ex Indigne lève les yeux au ciel.

Mère indigne – Quoi qu’il en soit, je me suis dit qu’il n’était pas question que ma fille suive les traces pathétiques de sa génitrice. Je lui ai tout avoué, en espérant qu’elle sache en tirer les leçons.

Ex Indigne – Et les leçons furent-elles tirées?

Mère indigne – Elle m’a dit que je lui avais déjà raconté cette histoire quatre fois, mais qu’à cause de mon plaisir manifeste à lui en parler, elle n’avait pas osé m’interrompre.

Ex Indigne – Ça doit être la différence d’âge entre vous… Ça doit l’intimider.

Mère indigne – En tout cas, de t’avoir avoué tout ça, ça me soulage, tu ne peux pas savoir à quel point. On devrait fêter ça. (Se tournant vers les cuisines :) Garçon, champagne! Pour tout le monde!

Ex Indigne, le visage tout blanc, soudain – ???

Mère indigne, battant des cils – Est-ce que je t’ai déjà dit que je n’avais jamais, jamais bu de champagne? De toute ma vie? Pour le moment, tu es sous le choc, mais tu vas voir. Tu vas finir par trouver ça follement émouvant.

Sunday, August 10, 2008

L'étiquette, encore et toujours

Bébé -- Attention, Blansse-Neige. Moi ze suis la Méssante Reine.

Mère indigne -- Oh, Méchante Reine, que me voulez-vous?

Bébé -- Z'ai une pomme emPOIzonnée! (Bébé me tend une pêche.) C'oque... c'oque... C'OQUE!!!

Mère indigne, croquant la pêche -- Aaaaargh...

Bébé -- Pis là, Blansse-Neize, on dit MARSI!

Siffler en périssant, lalala-lala-lala...

Thursday, August 07, 2008

Poisson à un autre appel

Tout le monde ici n’est pas sans savoir que Bébé a une personnalité forte.

Forte et, ma foi, peut-être quelque peu perturbée.

Par exemple, dans Macaroni tout garni, elle s'identifie à Pouache-le-Ouache. "Maman, rega'de! C'est Bébé qui l'est arrivéééé! C'est moi! Moi ze vole! Moi l'est tout brun!" No comment.

Mais il y a pire. Le meilleur copain de Bébé est, en quelque sorte, un ami imaginaire. 

Une camaraderie complice s'est en effet installée entre elle et une image, qui se trouve dans un livre décrivant les merveilles des fonds marins. Lors Bébé, matin et soir, ouvre le livre à la bonne page (cette dernière toute abîmée de recevoir tant d’attention) et discute le bout de gras avec son pote, allant même jusqu’à lui expliquer la signification profonde de certains épisodes de Dora.

De quelle image s’agit-il? Allez, un petit effort. Pensez fonds marins. Fonds très, très profonds. Pensez créatures qui vivent dans le noir absolu et qui, ergo, n’en ont rien a foutre de l'apparence extérieure, de la séduction, de la peau lisse et des bad hair days

Bref, songez « bêtes immondes ».

Ensuite, imaginez-vous le pire d’entre ces monstres. Hé ben voilà, c’est lui. Le meilleur ami de Bébé. Celui qu’elle a affectueusement surnommé : Poisson Méchant.

Lui:


Bébé – Bonzour, Poisson Méssant! Ça va bien, Poisson Méssant? Bébé s’en va à la ga’derie, mais ne t’inquètte pas, Poisson Méssant. Ze reviens. Deux minutes.

(Plus tard.)

Bébé – Ça va, Poisson Méssant? Bébé est revenue, là. Ze te raconte Blansse-Neize, oké? Oké. Là, Poisson Méssant, la méssante reine avait un miroir…

Mère indigne – Oh! Tu racontes l’histoire de Blanche-Neige! Est-ce que je peux l’écouter aussi?

Bébé – NOOOOOON! Moi le raconte l’histrare à POISSON MÉSSANT!!! Z’ai le DROIT! Moi z’ai BESOIN! Toi tu peux PAAAAS! Va-t'en! (Puis, pleine de sollicitude:) Pleure pas, Poisson Méssant, c’est ma maman. Elle peut pas.

(C'est à ce moment que Mère indigne , telle Blanche-Neige dans la forêt inhospitalière, s'enfuit pour sangloter dans les toilettes.)

Je vous avoue que, victime d’un tel rejet, et en faveur d’une bestiole aussi grotesque, j’éprouve parfois du plaisir et un certain soulagement à me réfugier auprès de Fille Aînée.

Fille Aînée, elle, veut faire plaisir à sa maman. Fille Aînée, elle, comprend que je ne suis pas passée par les inconvénients de la grossesse (pas d’alcool, ou presque) et par les douleurs de l’accouchement (même avec l’épidurale, ça fait mal pareil, si si) pour me faire traiter comme un chromosome de concombre par le fruit de mes entrailles.

Bref, Fille Aînée, elle est mignonne.

Mère indigne – Alors, mon cœur en sucre, qu’est-ce que tu as fait de beau aujourd’hui au camp de jour?

(Par réflexe, j’approche mes mains de mes oreilles pour les boucher en cas de hurlement strident, mais ça n’est pas le genre de ma mignonne Fille Aînée.)

Fille Aînée – J’ai trouvé la réponse à une énigme! Je n’osais pas la dire devant tout le monde, mais mes amis me disaient « Oui! Oui! Dis-le! »... Alors j’ai pris une chance.

(Trop mignonne.)

Mère indigne – C’était quoi, l’énigme, mon petit pain au chocolat?

Fille Aînée – « Plus on est loin, moins on y pense. Plus on est proche, plus on y pense. Mais une fois que c’est arrivé, et une fois que c’est passé, on n’y pense plus. » Tu vois ce que c'est?

Mère indigne, nulle dans plein de domaines dont celui des énigmes à la mord-moi-le-nœud (et ne le sont-elles pas toutes, ces salopes?) – Je n’en ai vraiment aucune idée.

Fille Aînée – Moi, au début, j’ai pensé que la réponse, c’était "notre anniversaire". Mais je pense au mien pas mal tout le temps – avant, pendant, après–, alors…

(Mignonne de chez mignonne.)

Fille Aînée – Ensuite, j’ai pensé à l’amour. Mais il me semble que même quand c’est passé, on y pense encore, hein, Maman?

(Mignonne, et sage.)

Fille Aînée – Alors, il ne restait plus qu’une seule chose.

Mère indigne (qui n'essaie même pas vraiment, faut dire) – Laquelle?

Fille Aînée – La mort.

(Super mign–)

Mère indigne – La mort?

Fille Aînée – La mort.

Mère indigne – Tu… tu avais déjà lu cette énigme dans ton livre de dragonologie? Tu la connaissais déjà?

Fille Aînée – Non, non. J’y ai pensé toute seule. Je me suis dit, tu sais, plus on vieillit, plus on a peur de mourir, mais une fois qu’on est mort… j’veux dire… on aura beau faire… y’a plus rien. On ne peut plus vraiment penser. Soit notre cerveau est brûlé, là, tu sais, s'ils nous mettent dans le four, soit les vers nous le mangent par en-dedans. Alors.

Mère indigne – …

Fille Aînée – En passant, tu ne m’as toujours pas dit si le Père Noël existait ou non.

Mère indigne – Attends deux minutes, chérie. Tiens, voilàààà. Je te passe le Traité du désespoir de Kierkegaard et L’Être et le Néant de Sartre. Tu me lis ça, et ensuite, on se reparle du Père Noël. En attendant, je vais aller discuter de la beauté du crépuscule avec Poisson Méchant. J’ai le droit. Et Dieu sait que j’ai besoin.

Tuesday, August 05, 2008

Soeur fou rire

Les filles, en tondant le gazon ce matin, j'ai eu une révélation. Bien entendu, je me suis tout de suite précipitée vers Père indigne pour lui en parler.

Mère indigne -- Chéri, en tondant le gazon ce matin, j'ai eu une révélation. Bien entendu, je me suis tout de suite précipitée vers toi pour t'en parler.

Père indigne -- Ne me dis pas que tu as compris que j'étais fantastique?

Mère indigne -- Bien sûr, tu es forminable, comme dirait Bébé. Mais non, c'est pas ça. J'ai eu un flash. Quand j'allais à l'école au collège de soeurs, en secondaire 1 et 2, y'avait Soeur Pauline. Elle nous fascinait parce que, contrairement à la majorité de ses collègues, elle avait eu la vocation sur le tard. Je me souviens encore du moment où elle nous avait raconté qu'elle s'était mariée, qu'elle avait eu deux enfants, et qu'à trente-deux ans, elle avait reçu l'appel du Seigneur.

Père indigne -- Wow.

Mère indigne -- Ben, c'est ça qu'on se disait! Wow! Elle avait un couple, une famille, mais l'appel de Dieu était si fort qu'elle a quand même tout laissé tomber pour s'enfermer dans un couvent. Le renoncement total. Mais ce matin, j'ai compris. Tu vois ce qu'elle a fait, Soeur Pauline?

Père indigne -- Elle s'est barrée.

Mère indigne -- Ex-ac-te-ment!! Elle s'est barrée! La vie de famille, le mari, les petits monstres, les repas, les couches, les crises, les lunchs, le gazon... Elle en a eu marre et bonsoir la visite! Allez que je m'enferme toute seule dans ma petite chambre avec ma Bible et mes romans policiers, je deviens une sainte femme et j'ai la sainte paix. Alors là, chapeau, Soeur Pauline! Un vrai coup de génie! Elle doit encore en rire dans son lit le soir, en lisant le dernier Lawrence Block. (Silence admiratif.) Le pire, tu sais c'est quoi?

Père indigne -- Quoi?

Mère indigne -- Un jour, Soeur Pauline m'avait demandé de rester avec elle après la classe. Quand toutes les autres élèves ont été parties, elle s'est penchée vers moi, m'a regardé droit dans les yeux, et m'a annoncé solennellement que Dieu avait besoin de moi. J'étais terrorisée.

Père indigne -- Laisse-moi deviner. Maintenant, tu commences à trouver ça moins effrayant.

Mère indigne -- L'appel de Dieu, chéri. L'appel de Dieu... Je le sens, LÀ! Il y a comme une force irrésistible qui prend possession de moi, une soif inextinguible de Le servir...

Père indigne -- Ça va quand même impliquer que tu renonces à pas mal de trucs, foie gras et Barsac pour commencer.

Mère indigne -- Oh! Attends, je ne t'ai pas dit le meilleur. Dieu a seulement besoin de moi pendant une semaine. Dans un Club Med. Ensuite, il se peut qu'il ait encore recours à mes services, mais de manière toujours très ponctuelle.

Père indigne -- Ta soudaine vocation a l'air un peu trop taillée sur mesure.

Mère indigne -- Les voies de Dieu sont impénétrables. Et c'est comme ça qu'on les aime.

Monday, July 28, 2008

En-cas d'urgence

Mère indigne reçoit la visite d'Amie-célibataire-indigne- femme-fatale-sulfureuse-et-dégénérée (pour faire court, nous l’appellerons Emmanuelle-l'Anti-Vierge. Bon, peut-être juste Emmanuelle, finalement, mais vraiment par souci d'espace). Toutes deux tentent d’avoir une conversation de filles autour d’un café.

Mère indigne – Attends, là, je comprends mal. Ton mec, il t’a dit qu’il avait une pépine? Je croyais qu’il était médecin.

Bébé -- WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!

Emmanuelle – Non, pas une pépine. Il s’est dégoté une [AAAAAAAAAAAAAAAAAAA]ine.

Mère indigne – Il s’est fait tatouer quelque chose sur la p[AAAAAAAAAAAAAAAAAAA]???

Emmanuelle – (Soupir.) Tu comprends ri[OUAIIIIIIIIINNNNNNNNN].

Mère indigne – Merde. Attends deux secondes. (Puis, se tournant vers Bébé :) Mais qu’est-ce qui se passe, chérie?

(Note aux futurs parents : la crise qui suit est authentique. Comprendrez que vous auriez dû vous retenir. Je sais. Dommage. Trop tard.)

Bébé, se jetant par terre avec grand fracas – WAAAAAAAAAAA! Moi l’a tombééééééééaaaaaHHAAAA!

Mère indigne – Mais non, tu n’es pas tombée. Tu t’es jetée par terre.

Bébé – NonmoilaPAjetéparterre!! MOILATOMBÉ! BON! WIIIIIIAAAAAAAAAAHHH!

Mère indigne – Bon, d’accor-

Bébé – NANPADACCORAAAAAAAAA!!!

Mère indigne – Viens me voir, ma chouette, on va trouver une solution.

Bébé – NooooOOOOOooooon! On trouvera PAS de solution!!! On va trouver du CACA!!!

Mère indigne -- ...

Bébé – On va trouver de la CROTTE!!!

Mère indigne -- ...

Bébé, de plus en plus féroce – ON VA TROUVER DU CACA-CROTTE!!!

Mère indigne – Oké. J’ai compris. Tiens.

Bébé – NANMOIVEUXPAAAAAAaa. Marsi.

Suit un silence inespéré et quasi insoutenable.

Emmanuelle – C’est quoi? C'est... c’est des bonbons?

Mère indigne – Oui. D'habitude, ça fonctionne avec un ou deux, mais étant donné l’ampleur de la crise, j’ai pensé que ça valait la peine de lui filer le sac.

Emmanuelle – Attends, là, je rêve. Tu es en train d’apprendre à ta fille à manger ses émotions?

Mère indigne – Si je peux au moins lui apprendre une chose utile dans la vie, que ce soit celle-là.

Emmanuelle – Ben voyons! Ça n’a aucun sens! Il faut lui apprendre à gérer ses colères, à renforcer son estime de soi, à canaliser ses sentiments négatifs dans quelque chose de productif...

Mère indigne – Dans quelque chose de prod— non. J’ai assez de bricolages qui traînent partout, s’il faut que j’en ajoute un à chaque crise...

Emmanuelle – Tu pourrais au moins essayer de la raisonner, je sais pas, moi...

Mère indigne – Ben voilà. Justement. Tu ne sais pas.

Emmanuelle, levant les yeux au ciel – Classique. Je n’ai pas d’enfants, je ne peux rien dire.

Mère indigne, doctement – C’est pas une question d’enfants, c’est une question de savoir-vivre. Je dirais même plus, c’est une question de sauce-yolodgie. Tout le fonctionnement de la société est élaboré autour de la dégustation des émotions. Et d'ailleurs, j’irais même encore plus loin et je dirais que celui qui ne mange pas ses émotions ne mérite pas d’en avoir.

Emmanuelle – Bon, v’là autre chose.

Mère indigne – Pourquoi on va au restaurant, hein? Hein? Pour fêter des trucs! Pour célébrer! D’ailleurs, dans les magazines de bouffe, c’est toujours ça : préparer des banquets, des soupers entre amoureux... T’es heureux? Tu manges. Et les chips, mon Dieu. Les chips. C’est conçu pour la célébration, les chips. Surtout les Pringles, t’a vu la forme de la boîte...

Emmanuelle – Mais là, c’est la crise de nerfs de ta fille que tu célèbres en lui donnant des bonbons.

Mère indigne – Bon, bon, t’as raison, je vais faire un peu de renforcement positif. Bébé, ça va, t’es contente maintenant?

Bébé, la bouche pleine d’une masse collante – Mvfoui.

Mère indigne – Excellent. Tiens, fête ça avec une couple d’autres framboises en gelée.

Bébé – Mfwarsi.

Mère indigne – Elle est tellement polie. Je devrais la récompenser.

Emmanuelle – Ah, mon dieu! Arrête! C’est super choquant.

Mère indigne – Peut-être, mais en attendant, je vais pouvoir comprendre ce que tu essayais de me dire depuis tout à l’heure.

Emmanuelle – Ah. Oui. Écoute. C’est encore plus choquant.

Mère indigne – Quoi? Tu t’es mise au scrapbooking?

Emmanuelle – Es-tu folle, jamais. Non. Figure-toi que mon amant s’est fait une copine.

Mère indigne – « Ton » amant? Excuse-moi, je croyais que t’en avais dix-huit.

Emmanuelle – Quatre. Cinq. En tout cas, depuis trois jours, j’en ai juste quatre, ça a l’air.

Mère indigne – Tu es phobique de l’engagement, tu m’as déjà dit que la tendresse, c’était « gluant », ça devrait te faire plaisir de voir que ton attitude n’est pas contagieuse. Et aussi de voir que le gars continue d’être attiré par des filles, même après son expérience avec toi.

Emmanuelle – Tu peux rigoler, mais ça m’affecte vraiment profondément. Le truc, c’est que j’aime que ma vie soit régie par des règles, comment dire, cosmiques. Genre, je suis le Soleil, pis là y’a plein de petites planètes qui gravitent autour de moi. Et dans un système solaire, y’a combien de soleils?

Mère indigne – Euh, attends...

Emmanuelle – Juste un. Y’en a juste un. Là, un amant qui se fait une blonde, c’est comme deux soleils dans un même système solaire. Ça perturbe le cours normal des lois de la nature.

Mère indigne – T'as quand même pas le don d'ucubit- pardon, d'ubiquité. C’est pas fatiguant d’être le seul soleil?

Emmanuelle, le regard rêveur – C’est une bonne fatigue.

Mère indigne – J’ai une idée : tu rebaptises ton amant « Pluton » et pouf!, c’est même plus une planète.

Emmanuelle – C’est pas si simple. Enfin bref, ça m’a mise toute à l’envers, ça fait trois jours que je mange à peine.

Mère indigne – Hé ben voiiiilà! La candidate parfaite pour une rééducation! Ma chère, aujourd’hui, tu vas manger tes émotions. Que dis-je, tu vas les dévorer. Et je vais t’accompagner dans ta démarche.

Emmanuelle – J’aime pas les bonbons.

Mère indigne – Minute, minute. Les bonbons, c’est le stade 1, pour les enfants, puisque leur goût n’est pas encore de toute première qualité. Pour nous, j’ai ÇA.

Mère indigne ouvre le frigo et dépose sur la table un pot de foie gras tout neuf et une bouteille de Barsac. Toute neuve aussi. Mais rassurez-vous, pas pour longtemps.

Mère indigne – Le stade 2. C’était pour Père indigne et moi, mais il va comprendre ta détresse. Enfin, je crois...

Une heure plus tard...

Mère indigne – Pis? (hic!) Pluton?

Emmanuelle – Il en reste un petit peu au fond...

Mère indigne, déçue – Oh. J’aurais vraiment cru que ça t’aurait totalement guérie.

Emmanuelle – Non, je veux dire, il reste un petit fond de foie gras. Quoique (hic!) pour Pluton, je vais quand même m’ennuyer de ses cu[WAAAAAAAAAAAAAA]us.

Mère indigne, jetant un bonbon à Bébé – De ses quoi??

Emmanuelle – Nevermind. Donne-moi le fond de Barsac, ça va finir de guérir le bobo.

Mère indigne – J’aime ça quand l’élève dépasse le maître.

Plus tard, Bébé est au lit, Emmanuelle est partie, et Père indigne questionne.

Père indigne – Puis? De quoi vous avez parlé avec Emmanuelle?

Mère indigne – D’astronomie, figure-toi. De systèmes solaires, de planètes, d’harmonie dans l’univers...

Père indigne – Des cerveaux comme vous deux, vous devez avoir réglé la question de savoir si l’univers se rétracte ou s’il est en expansion?

Mère indigne – Ben, le sien s’est rétracté, je pense. Elle a aussi vaguement fait allusion à des cumul0-nimbus... Enfin, je crois, je ne suis pas certaine, y’a Bébé qui faisait une crise.

Père indigne – C’est Bébé qui a bouffé le foie gras?

Mère indigne – Non, c’est, euh, c’est nous... Avec Emmanuelle en pleine crise galactique...

Père indigne – Notre foie gras. De couple. Ça me fait mal.

Mère indigne – T’es triste? Tu devrais manger au lieu de te plaindre. Tu sais, sociologiquement, c’est plus civilisé.

Père indigne – ...

Mère indigne – Tu veux un bonbon?

Père indigne – J’aime pas les bonbons.

Mère indigne – Je parle de « bonbons ». Stade 3. On les trouve en général dans la chambre, sous les couvertures.

Père indigne – Oh. Je vois... Tiens, c’est drôle, je sens que mon univers est en expansion.

Mère indigne – Tu vas voir, je suis une thérapeute super professionnelle. Et pour mon salaire, je prends les chèques personnels.

Père indigne -- Bien essayé, Docteur Maman, mais cette fois-ci, je vais mettre ça sur ma carte soleil.

Saturday, July 26, 2008

Photoshoppons du bois, pour la mère, pour la mère

Z'avez remarqué? Je fais des tests de design de blogue. (Bon, d'accord, "design", c'est un peu fort... À vrai dire, je niaise avec Photoshop.)

Quoi qu'il en soit, ça pourra changer un peu dans les prochaines semaines. Surtout, ne le prenez pas personnel! ;)

Thursday, July 17, 2008

Mère indigne exagère, mais il faut bien gagner sa vie

Mère indigne – L’autre jour, j’ai voulu faire un test dans Facebook, mais je n’ai pas osé me rendre jusqu’au bout.

Père indigne – Pas «quel personnage de Passe-Partout êtes-vous?», j’espère? Je ne pourrais pas supporter d’avoir la confirmation officielle que j’ai épousé Alakazou.

Mère indigne – Non, non. J’ai commencé le test «Quel genre de criminel êtes-vous?». Fiou.

Père indigne – Fiou quoi?

Mère indigne – Ben, il fallait classer des crimes dans l’ordre, en commençant par celui qu’on était le plus susceptible de commettre jusqu’à celui qu’on ne commettrait jamais.

Père indigne – Tu as mis «souper avec un ex» en premier, j’imagine?

Mère indigne – Ce n’était pas sur la liste. Par contre, je me suis rendue compte que je classais «se faire payer en échange de faveurs sexuelles» en deuxième place! Tu te rends compte? J’ai réalisé que je n’aurais vraiment presque pas de problème avec le concept.

Père indigne – Hm.

Mère indigne – Euh, je veux dire, je n’aurais pas eu de problème avec ça avant de te rencontrer, évidemment.

Père indigne – Évidemment.

Mère indigne – Non, mais c’est vrai, je n’avais jamais vraiment réfléchi à la question, mais tant qu’à avoir un one night stand poche, aussi bien s’arranger pour pouvoir s’acheter une nouvelle paire de chaussures le lendemain, non? Si on est bien prudent, au lieu de ramener une MTS à la maison, on ramène une paire de Manolo Blahnik.

Père indigne – Est-ce que tu as vraiment suivi des cours d’éthique à l’Université?

Mère indigne – Tu me prends pour qui? Je n’achèterais pas de souliers en peau de serpent ou quoi que ce soit du genre.

Père indigne, une drôle de lueur dans le regard – Écoute, je ne suis pas certain que ton attitude soit tout à fait normale, mais juste comme ça, par curiosité... Combien tu aurais chargé?

Mère indigne, super capitaliste, super vite – Pour la soirée? Service complet? Genre, cinq cents piastres. (Et, regardant Père indigne par dessous d’un air éminemment sexy, enfin, elle essaie:) Mais pour certaines personnes très, très spéciales, j’aurais fait un prix d’ami. Cent cinquante. Taxes et tendresse post-coïtale incluses.

Père indigne – Écoute, je comprends que cette histoire de te faire payer pour des services sexuels est en quelque sorte un fantasme inassouvi chez toi. Si tu veux, et en tout respect pour ta valeur intrinsèque en tant qu’être humain, je serais prêt à...

Mère indigne – OUIIIIIII!

Père indigne sort un chèque et le remplit en ne se trompant même pas une seule fois, ce qui, pour lui, relève presque du miracle. Puis il le dépose triomphalement sur la table, devant Mère indigne qui s’en saisit d’une main, alors que de l’autre, elle clavarde déjà avec les copines pour discuter des meilleures marques de chaussures de luxe.

Mère indigne, examinant le chèque – Tu es certain que tu veux me payer tout de suite? On ne sait jamais, tu pourrais peut-être ne pas être satisfait...

Père indigne – J’ai toute confiance en ton professionnalisme.

Plus tard, dans la chambre à coucher...

Père indigne – Ooooh. Il fait noir ici. Ça augure bien.

Mère indigne, de sous les couvertures – Grufahdkjgaomf.

Père indigne – Et ces grognements... Des cris d’amour?

Mère indigne – Mal à la tête.

Père indigne – Mal à... Excuse-moi, mais les vrais professionnels ne demandent pas de congé de maladie quand ils sont sur un gros contrat.

Mère indigne – Écoute, entre le moment où tu m’as donné le chèque et maintenant, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de l’amour.

Père indigne – Mais... ça fait à peine une heure!

Mère indigne – Ouais, ben en une heure, je me suis tapée la méga-crise de Bébé qui ne voulait pas prendre son bain, pas brosser ses dents, pas se coucher, bref, pas collaborer. Bruyamment.

Père indigne – D’où le mal de tête?

Mère indigne – Non, ça je pense que c’est quand Fille Aînée m’a demandé de lui trouver des extraits sonores de la maturité sexuelle des orangs-outangs.

Père indigne – Bon, d’accord, ça va. Je suis un client compréhensif. Redonne-moi mon chèque et on n’en parle plus.

Mère indigne – Je... Écoute, mon mal de tête est terrible, je ne sais plus où je l’ai cach—où je l’ai rangé...

Père indigne -- Tu ne sais...?

Mère indigne – Je l’ai peut-être même perdu... Va falloir que tu m’en fasses un autre.

Père indigne – Dis donc, juste comme ça, dans ton test Facebook, c’était quoi le premier crime que tu étais susceptible de commettre?

Mère indigne – Fraude.

Père indigne – Merde.

Mère indigne, après un bref silence – Quand je pense que tu as osé dire que je ne suis pas professionnelle.

Friday, July 11, 2008

Comme dirait Adamo, c'est ma vie

Mère indigne -- Bébé, veux-tu aller faire pipi aux toilettes?

Bébé -- On dit "SITEPLÈ", Maman. Y faut dire "SITEPLÈ".

Mère indigne -- S'il-te-plaît, Bébé, veux-tu aller faire pipi aux toilettes?

Bébé -- Non.

Mère indigne -- ...

Bébé -- Pis là, faut dire "MARSI", Maman. "MARSIII!!!"

Friday, July 04, 2008

L'avis des bêtes

Ah, là, là, les filles. Faut que je vous raconte.

J’ai été au restaurant avec un homme hier soir. Pas avec Père indigne, non. Avec une de ces créatures étranges et fascinantes qui forment la race des «ex». (D’ailleurs, puisque Jean-Louis est déjà pris et que Jean-Jules menace de revenir dans le décor incessamment, j’ai décidé que nous appellerions cet ex «Jean-Ex».)

En femmes accomplies et expérimentées que vous êtes, les poulettes, vous savez que ce genre de relation est parfois un peu difficile à gérer. Surtout quand, vous rappelez-vous vaguement, vous avez peut-être certains torts assez gratinés à vous reprocher. Personnellement, j’ai trouvé une recette infaillible pour entretenir des relations harmonieuses avec mes ex, en tout cas avec Jean-Ex : couper complètement les ponts pendant 12 ans. Ensuite, quand on recommence à se parler, non seulement on ne se souvient plus exactement de qui a fait quoi de mal, mais on s’en fiche complètement.

Et après douze ans, ce qui est chouette, c’est que quand on ne veut pas parler des Méchants Fantômes du Passé, on parle des enfants qu'on a faits entre-temps.

Mère indigne – L’autre jour, je pense que j’ai été un peu bête avec Fille Aînée.

Jean-Ex – Toi, bête? Voyons, c’est impossible! (N.D.M.I. Voyez ce que ça fait, 12 ans de silence? L’harmonie. Génial.)

Mère indigne – Non, je te jure. Même Père indigne était un peu furieux. Fille Aînée est venue me voir pour m’annoncer en grandes pompes qu’elle avait réussi à faire fonctionner le DVD. J’ai dit «Bravo, chérie, c’est très bien»...

Jean-Ex – Et...?

Mère indigne – Figure-toi qu’elle m’a regardé d’un air un peu méprisant et qu’elle m’a dit : «Ben là. J’aurais cru que tu aurais été un peu plus... enthousiaste.» Heille, moi, ça me fatigue. Les enfants, aujourd’hui, on s’extasie au moindre truc, et ensuite, ils en veulent toujours plus. «Maman, Maman, j’ai pensé à fermer la lumière de ma chambre!» «Oh, mais c’est super, chérie, on va organiser une belle fête en ton honneur! » Pu capable. Alors j’ai répondu à Fille Aînée, un peu sèchement, «Quoi? Est-ce qu’il faudrait que je me roule par terre en plus? Que je te fasse un gâteau?» Père indigne a trouvé ça bête.

Jean-Ex – Enfin, personnellement, je la trouve quand même bonne d’avoir réussi à faire fonctionner un DVD. L’autre jour, au chalet, je n’y suis jamais arrivé. Trop de fils derrière la télé, trop de boutons sur la télécommande...

Mère indigne – T'as raison! C'est comme à la maison! Comment ça se fait qu’en 2008, il ne faut pas simplement brancher un fil dans un trou pour faire marcher un DVD? Ça me rend folle à chaque fois. Pour faire fonctionner le DVD chez nous, il faut commencer par allumer le lecteur de cassettes, mais pas juste l’allumer. Il faut mettre une cassette dedans, appuyer sur Play et ensuite sur Stop, sinon le son du DVD ne marche pas. C’est juste s’il faut pas dire abracadabra. C’est hyper-complexe, je n’y arrive pas la moitié du temps.

Jean-Ex – ...

Mère indigne – (Cligne, cligne.) Merde. Fille Aînée. J’aurais peut-être bien dû faire preuve de plus d’enthousiasme...

Jean-Ex – Hm.

Mère indigne – ... Mais elle va s’en remettre.

Jean-Ex – Hm.

Mère indigne – En fait, elle s’en est déjà remise. Comme je trouvais que j’y étais quand même allée un peu fort, j’ai fait amende honorable.

Jean-Ex – Tu t'es excusée? Tu as bien changé.

Mère indigne – Pas vraiment. Je l’ai emmenée au Dairy Queen.

Jean-Ex – Ah, ça, c’est pas bête... Tiens, changement de sujet, tu as lu la chronique de Josée Blanchette dans Le Devoir? Celle qui parlait des ex?

(Jean-Ex est un grand fan de Joblo. Depuis des années. Un fan noble, d’ailleurs, qui, comme pour le Playboy, ne lit pas Josée pour ses propos occasionnels sur le sexe, mais pour l'élévation de son âme. J’étais jalouse, dans le temps.)

Mère indigne – Oui, oui, j’ai lu... Rassure-moi, on va pas parler des Méchants Fantômes du Passé, là?

Jean-Ex – Non, ça va, je te respecte dans ton déni. En tout cas, tu sais que je ne lis pas Josée Blanchette pour ses propos occasionnels sur le sexe, je préfère l'élévation de son âme...

Mère indigne – Moui, bien sûr.

Jean-Ex – ... mais l’autre jour, elle parlait des ex qui veulent encore coucher avec leur ex.

Mère indigne – Oh! Seigneur. Moi, ça, ça me DÉGOÛTE.

Jean-Ex – ...

Mère indigne – Ça ne m’est jamais arrivé, et je peux te le dire, ça ne m’arrivera JAMAIS.

Jean-Ex – ...

Mère indigne – Coucher avec un ex. Sérieusement. Quelle HORREUR.

Jean-Ex – ...

Mère indigne – (Cligne, cligne.) Oh. Je... J’ai pas réalisé... J’ai encore été bête, là, hein?

Jean-Ex – ...

Mère indigne – On va au Dairy Queen?

Thursday, July 03, 2008

Terrible Taxi

Il m'arrive, les jours de grand retard, de prendre le taxi du métro Laurier jusqu'au bureau, qui se trouve coin St-Laurent et St-Viateur. Comme vous le dira tout bon chauffeur de taxi qui se respecte, faut prendre la rue St-Joseph jusqu'à St-Laurent, tourner à droite, et hop, on y est presque.

Mais aujourd'hui, j'ai rencontré un dur à cuire.

Mère indigne -- Je vais sur St-Laurent au coin de St-Viateur.

Chauffeur -- Vous prenez par St-Denis?

Mère indigne -- C'est-à-dire que... on ne peut pas tourner à gauche sur St-Denis et... je vais sur St-Laurent.

Chauffeur -- Oui mais là, on est à côté de St-Denis.

Mère indigne -- On pourrait pas prendre par St-Joseph? Puis tourner à droite sur St-Laurent?

Chauffeur -- St-Denis est juste là!

Mère indigne -- Je vais sur St-Laurent.

Chauffeur -- (Sourcils froncés.) Oui, mais LÀ, vous êtes à St-Denis, LÀ.

Mère indigne (dont on pourrait presque croire que parfois, elle aime se soumettre) -- Bon, écoutez, on va par où vous voulez. On peut passer par St-Denis, sans problème.

Chauffeur -- Ben NON! Pas par St-Denis!! On peut pas tourner à gauche sur St-Denis!! On va prendre St-Joseph, puis ensuite on va tourner à droite sur St-Laurent.

Mère indigne -- Ma foi... Excellente idée.

Est-ce que je me suis énervée? Mais non, voyons. Pas du tout. Je suis zen, moi. Relax. Décontrax. Un vrai substitut humain au Xanax. Même mes organes internes sont certifiés feng-shui.

...

Bon, j'avoue, il y a un truc.

Je ne me suis pas énervée, mais en réalité, c'est parce que j'ai ce genre de conversation environ trente fois par jour avec Bébé.

Mère indigne -- Viens chérie, on s'en va à la garderie.

Bébé -- Naaaaaaaan, moi veux PAS aller à la gâderiiiiiie!

Mère indigne -- Mais oui, chérie, tu vas pouvoir raconter à Sophie que tu m'as aidée à arracher des mauvaises herbes ce matin.

Bébé -- Naaaaaaaaan, moi l'a PAS aidé à arracher les môvèzèèèèèbes!

Mère indigne -- Puis quand Papa viendra te chercher, vous allez vous baigner dans la piscine.

Bébé -- Naaaaaaaan, LÀ, moi l'a PAS DE PISCINE à ma maison, LÀ!

Mère indigne (chez qui on pourrait presque croire que la soumission est un art majeur) -- Bon, bon, d'accord. Reste assise ici, alors. Maman va ranger la cuisine avant de partir.

Bébé -- Ben NAN! Toi tu peux PAS ranzer la cuizine, moi va aller à la gâderie raconter à Sophie que moi l'a arraché les movèzèbes avec Maman pis là Papa va venir me chercher pou' se baigner.

Mère indigne -- Ma foi... Excellente idée.

Comme aurait dit Gengis Khan, practice makes perfect.